Aujourd’hui, j’aimerais vous offrir un extrait de ma plume. Voici donc un petit morceau de choix, que vous retrouverez dans “Le temps d’un fou-rire”, paru chez Artalys… Et que j’espère voir republié prochainement, car hélas! Artalys n’est plus, ou si peu. Mais à la demande de vous envoie la suite 😉

Du haut de ses 26 ans, Paul se sent déjà adulte, mature. Blasé comme on sait l’être à son âge, à peine arrivé, que déjà il s’emmerde.

Il s’apprête à faire ce qu’il fait généralement, à ce genre de soirée : se coincer au bar, et veiller à ce que son verre ne soit jamais vide. Son cynisme n’a d’égal que son amour de la vodka, se dit-il. C’est là qu’il aperçoit une silhouette. Pas un corps, non. Une silhouette. Un corps avec de la personnalité. Sortant de la cuisine, un plateau dans chaque main, une femme s’avance vers le buffet.

Il la remarque d’abord parce que c’est une femme, adulte, la seule à cette soirée. C’est du moins ce qu’il se dit, d’abord. Parce qu’inconsciemment, ce qu’il remarque surtout, c’est sa silhouette, sa démarche. Elle porte une robe fluide, qui sculpte son buste en douceur, puis tombe sur ses jambes juste assez pour couvrir ses genoux. Quand elle marche, le tissu accompagne le mouvement et dessine la courbe de ses cuisses, donnant à sa démarche quelque chose d’à la fois enjoué et élégant. Il se surprend à avoir envie de poser sa main sur cette robe, pour sentir ce que les courts vêtements des filles dévoilent sans surprise. Le galbe d’une fesse, le contour d’une jambe… Il y a quelque chose de troublant, dans cette apparition, quelque chose de doux, et d’excitant dans la vision de cette femme en robe dont il ne peut reconnaître la couleur. Elle est sombre, c’est tout ce qu’il arrive à distinguer.

Elle se rapproche de l’endroit où il se trouve, navigant sur ses talons entre les corps en transe. Souriante, elle balance des plats en équilibre au-dessus des têtes, s’arrête une ou deux fois pour saluer quelqu’un qu’elle connaît. Paul en déduit qu’il doit s’agir de la mère de Lucas. Lorsqu’elle passe devant lui pour aller au buffet, il s’étonne de la voir aussi jeune. Sa propre mère va sur ses 60 ans, cette femme n’en parait même pas 40. Ce qui mathématiquement est impossible bien sûr. Lucas fête ses 25 ans, elle doit en avoir au moins 45. Mais elle dégage quelque chose de rayonnant, qui la rend terriblement vivante, au milieu de ces visages que Paul trouve si semblables les uns aux autres, au point d’en devenir anonymes.

Lorsqu’elle est débarrassée des plats, elle embrasse la pièce d’un regard, puis pose ses yeux sur lui. Il réalise alors qu’il était en train de la fixer, et manque en rougir. Elle lui adresse un sourire ouvert, lumineux, et il rougit pour de vrai. Elle est vraiment terriblement attirante, se dit-il.

La copine de Paul danse et flirte comme presque tous les invités, tandis que lui reste au bar à observer les gens, sachant d’ores et déjà comment va se dérouler la soirée. Il y aura de plus en plus de gens, de plus en plus de bruit, de plus en plus d’alcool. De plus en plus de corps qui finiront n’importe où, n’importe comment, avec n’importe qui. Il s’emmerde déjà, et ce qui se profile ne promet aucune amélioration. Alors quand il voit la femme quitter la soirée, il a une réaction spontanée. Il décide de la suivre, comme ça, sans préméditation, un peu comme on dessine des carrés sur une feuille juste pour contrer l’ennui.

(Résumé et couverture ici: